Qu’est-ce que la Fondation Po? par Annie Lafleur

Je sais pas trop comment présenter le texte qui suit sans avoir l’air prétentieuse, mais je prends le risque. Parce qu’il est magnifique — c’est sûr, il est écrit par Annie, mon ossetie de poète!. Hymne à l’amitié, amour inconditionnel, témoignage de résilience.

Qu’est-ce que la Fondation Po?

Par Annie Lafleur – Auteure et Marraine de la PoF

Peu, trop peu de gens arrivent à point nommé dans nos vies. Plus qu’« à point » et « nommé », des mots presque vulgaires quand le drame s’impose, ce trop peu devient vite une seule personne. Cette personne nous transfigure, nous retourne comme une chaussette. Nous lave l’âme pour la peine. Bien souvent, cette personne s’efface pour nous laisser le socle, sans juger. Tous les jours, elle revient nous laver, souriante. Condamnés à vivre un moment douloureux après un verdict déchirant, l’amie revient et constate, reprend son seau, nous lave à grande eau. C’est Sophy.

Minnie la veloutée, dans toute sa poffure de crème glacée aux biscuits Oreo.

Minnie la veloutée, dans toute sa poffure de crème glacée aux biscuits Oreo.

Ma chatte Minnie est tombée gravement malade en mai dernier. Une escalade de problèmes contradictoires et difficiles à diagnostiquer a eu lieu sans crier gare. Des jours et des nuits d’angoisse solide, de tremblements, de nausées, de sanglots de mort et de désespoir bancal m’ont traînée jusqu’au bûcher, où Sophy m’attendait souriante, ses cheveux verts fraîchement coupés. Son sourire était comme celui d’un nouveau-né. Je me suis jetée dans ses petits bras, immensément défaite, avant même de voir le pire (qui n’est pas encore survenu). Tandis que je marchais dans le fossé des gueux, évitant le chemin clair, les gens, la vie, Sophy et moi, nous nous écrivions. Je lui expliquais en détail tout ce qui se passait; je lui expliquais l’attente. Ses réponses étaient précises, ciselées, architecturées à la fois pour m’apaiser et pour que j’allume ma lampe frontale. Sophy a pris chaque seconde pour une heure. Pour moi et pour Minnie. Elle m’a d’abord changé de fossé. Parce que Sophy est d’une douceur infinie. Puis, elle a pesé mon cœur, avec ma propre balance, avant de peser ses mots, avec le même instrument. Elle a surtout saisi que cette épreuve venait chercher de la profondeur barbelée en moi.

Mais le plus remarquable est lorsque Sophy m’a écrit le jour de la mort de sa vieille petite Po.

J’ai rencontré Po quelques jours à peine avant sa disparition, ne sachant rien, ni de moi ni de Sophy, qu’elle filerait si vite, l’étoile vénérable. Elle était merveilleuse, lumineuse. J’ai vu tout le bonheur de cette chatte gériatrique dans leur complicité, leur tendresse naturelle, contagieuse, un brin magique. Et puis est venu le Jour. Le jour où elle est partie swinger avec d’autres supernovæ. Ce grand jour-là, un 27 juin, vers 11 h, puis vers 17 h, Sophy a pris le temps de m’envoyer quelques mots, des murmures, sachant que cela m’aiderait à faire mes adieux à ma chatte, un jour ou l’autre. Et je lui en remercie du fond de mes constellations. Son courage, son immense compassion, la noblesse de son cœur : c’est Sophy pour les autres, c’est Sophy tous les jours, et pendant quelques dernières minutes intimes, c’est Sophy avec sa grande amie Po.

Po est partie avec l’image d’un sourire tendre, capable de lui faire oublier son souffle court, et même son plus petit silence.

Et moi, je me suis sentie privilégiée, honorée, sacrée d’un sentiment rare.

Minnie est toujours en vie en ce jour du dix-sept août deux-mille-quatorze, et plus Minnie que jamais… Je me comprends! Mais sa condition demeure compliquée; son avenir, même à court terme, un mystère. Je continue à lui administrer tous les soins qui peuvent lui donner une chance. Et même ceux qui n’ont pas l’air de faire grand-chose. J’y crois. Je l’aime. Sophy m’a offert et m’offre toujours un accompagnement essentiel dans cette épreuve d’endurance et de résilience (merci). Elle a saisi et traduit l’amour que je ressens pour ma Minnie comme un amour intégral. Ma chatte est une chatte. Et c’est ce qui la rend si grande à mes yeux.

Encore plus admirable est que Sophy a su éviter les bords escarpés, les fossés, les pièges, les trappes noires. Elle a marché au milieu franc du chemin, Po dans les bras, jusqu’au bout. Elle m’a dit : regarde, elle est partie. En souriant, en pleurant.

C’est ça, la Fondation Po.

Annie Broulx Lafleur

Annie Broulx Lafleur