Whitney et Frédéric-Démon : jusqu’à ce que la mort nous sépare

 Je viens de vivre un pur moment de tendresse. Je me suis assise sur mon lit avec mon portable sur les genoux et, alors que je m’apprêtais à remercier les âmes généreuses qui ont envoyé des dons à la PoF, je me suis vite retrouvée envahie d’amour. Whitney d’un bord, Frédéric-Démon de l’autre. Les deux chatons démoniaques couchés à mes côtés, la tête sur mes cuisses, le moteur au maximum. Et les p’tits yeux doux. Aon. Comment ça se peut, être fin de même? Et c’est là que je dis que je dois prendre le temps d’écrire ceci, pour enfin annoncer

LA NOUVELLE QUE TOUT LE MONDE SAIT.

Eh oui, j’ai flanché, j’ai décidé d’adopter mes deux démons. C’est pour ça que je disais que j’ai échoué ma première expérience en tant que famille d’accueil. Je m’étais jurée de n’en garder aucun. J’avais même trouvé un bon foyer pour Whitney et Démon! Et pire encore : je les avais emmenés dans leur nouveau foyer! Patrick, mon ex-mari, était d’accord pour les accueillir chez lui, et je lui avais proposé d’être la marraine des démons. OK, c’était un choix un peu égoïste, parce que je savais qu’en les confiant à Patrick, je pourrais les revoir régulièrement, mais j’ai bien sûr considéré le fait qu’il habite une grande maison dans une village, avec un accès à un cour arrière, sur une rue peu fréquentée. Le paradis des minets, quoi. Alors pourquoi j’ai cruellement repris les chatons à Patrick ? Je m’explique.

En arrivant chez lui le 30 août, j’ai remarqué que sa Fouine, la chatte qu’on avait à l’époque adoptée ensemble, avait un drôle d’air. La Fouine est une chatte blanche obèse morbide qui est incapable de laver son arrière-train elle-même[1], alors elle a toujours un drôle d’air, mais cette fois, c’était différent. Plus apathique. Les gencives un peu enflées. Eh merde. J’ai pas voulu faire courir de risques aux démons, j’ai dit à Patrick qu’il valait mieux d’abord soigner La Fouine et s’assurer qu’elle n’ait rien, parce que je savais que ses vaccins n’étaient pas à jour[2] et j’avais un peu peur qu’elle transmette un truc aux chatons. C’est pour ça que je suis repartie avec eux. Seulement, j’avais pas réalisé, sur le coup, que je venais de franchir un point de non-retour.

Avant d’aller plus loin, il faut que je précise une chose, par soucis de transparence. Je ne vends pas de chats, je demande seulement aux adoptants de payer pour les vaccins et la stérilisation. Je vais donc verser un don à la PoF pour l’adoption de mes démons. Je les ai fait stériliser il y a deux semaines – Démon est vraiment drôle avec ses petites fesses rasées –, et je rembourse à la PoF l’équivalent du coût du premier vaccin (40 $) puisque j’ai déjà payé le rappel. Avec tout le soutien dont je bénéficie pour aider les chats, ce serait injuste que j’en profite personnellement.

Bon, je poursuis où j’en étais. Je suis revenue à Montréal avec mes deux fauves en formation, mais à ce moment-là, je venais de sous-louer ma chambre, alors je pouvais pas revenir chez moi avec eux. Je suis restée trois jours chez mon chum, où Jackie-Jannoune était hébergée – peux-tu croire qu’elle était fru de revoir son frère et sa soeur après seulement quelques jours d’absence ? –, puis je me suis poussée loin dans le bois, chez mes parents à la campagne. On est partis tous les trois près de deux mois dans une vallée charlevoisienne en plein changement de saison. Une fin d’été idyllique. En fait, non. J’avais beaucoup de travail à faire, et j’étais plutôt déprimée et angoissée. Et c’est mes chatons-thérapeutes qui m’ont fait le plus grand bien. Je te le jure. Ça vaut plus cher qu’un psy, ces démons-là. J’exagère même pas. Et j’aime croire qu’ils sont arrivés à un moment de ma vie où j’avais besoin d’eux, qu’on s’est sauvés mutuellement, parce que ça fait une histoire que je trouve pas mal plus quioute que n’importe quel Walt Disney.

Dans ma série « Chatons et poésie », voici mes démons avec « Les choses de l'amour à marde », de Maude Veilleux.

Dans ma série « Chatons et poésie », voici mes démons avec « Les choses de l’amour à marde », de Maude Veilleux.

[1] Là, tu vas me dire que Patrick ne prend peut-être pas bien soin de La Fouine si elle est dans cet état, mais je t’assure que c’est un cas spécial. Elle n’a jamais cessé de prendre du poids, même quand Patrick upgrade sa bouffe, même depuis qu’elle sort librement. Je compte d’ailleurs m’en mêler, elle est due pour un bilan de santé complet.

[2] Oui, OK, pour ça on peut lancer un regard sévère à Patrick. Mais pas trop, parce qu’il aime énormément sa Fouine, et moi je sais que c’est pas tout le monde qui serait prêt à laver les fesses de son chat au quotidien.