Bye, Christina

Voilà, c’est fait. Ma petite Christina est décédée. On a fait ce qu’on a pu, elle s’est battue, mais hier soir, elle a abdiqué. Elle refusait de prendre ses médicaments, elle était amorphe et sa respiration était très bruyante. Je savais que c’était le début de la fin. Le lendemain, aujourd’hui, elle respirait encore très fort, mais elle respirait. La vie, des fois. Quand ça veut pas s’arrêter.

Dès que j’ai sorti Christina de son burrito de serviettes, le vétérinaire a bien vu que c’était trop tard pour elle. On avait déjà parlé d’euthanasie lors de la visite précédente, alors il n’y a pas eu de discussion. Il m’a offert l’euthanasie gratuitement. Je te l’ai déjà, han, que j’aime mon vétérinaire? Au moment de l’injection, le Dr Marku a dit à Christina « je m’excuse ». Impossible d’euthanasier machinalement, froidement. On n’est pas à l’abattoir.

Je voulais l’observer et rester auprès d’elle jusqu’à la fin. Je voulais voir la vie quitter son corps. Je sais pas si c’est morbide. Je crois pas. Je pense que ça m’aide à mieux vivre avec la mort. On s’apprivoise tranquillement, au fil du temps. J’ai vu les derniers spasmes dans ses petites mains. Les rats ont des mains. J’ai voulu fermer ses yeux et la photographier, dans son dernier sommeil, le plus paisible d’entre tous, mais ils se rouvraient à chaque fois. Je saurais pas dire pourquoi. Est-ce que la rigor mortis apparaît plus rapidement chez les rats? Ça ne m’a pas empêchée de la trouver belle et paisible. Bye la souffrance. Bye ma belle rate.

Christina-deces

RIP

C’est rendu dans le métro que j’ai eu envie de pleurer. Avant de partir pour la clinique, je tchattais avec mon ami Francis. Je lui avais dit « je vais penser à ton batte pour me changer les idées » — on est de même, on peut pas s’empêcher de dire des grossièretés, même quand c’est pas le moment — « je vais penser à ton batte », ce que j’ai fait dans le wagon de métro. Ça a marché. (Avis à toi l’hypersensible : tu veux éviter de pleurer en public? Pense au batte de mon ami Francis. De rien.)

Grâce à Christina, j’ai pu dire à quelqu’un à un moment de ma vie : « ah non, mets pas des pois sous mon oreiller ». Je pense que c’est le genre de choses qu’on n’a pas souvent l’occasion de dire. Je pense.

Je retourne à la clinique demain soir, cette fois pour le rappel de vaccin des petits mogwais, qui sont tous très vivants.