On l’a appelé Mitsou

Same et moi on s’est rendues dans Hochelaga, chez Marie-Claire et JP, et ils nous ont tout de suite emmenées vers l’abri pour chats sur leur balcon. Marie-Claire, c’est la fille qui a sauvé Minet, le beau roux. Il vit maintenant à la campagne, à Mascouche. Cette fois, elle m’a demandé de l’aider à soigner une chatte-zombie très mal en point. Si mal en point qu’elle n’arrivait même pas à nous fuir à une vitesse normale de chat. Mais tu sais, l’énergie du désespoir… La chatte est sortie de l’abri en trombe pour descendre l’escalier en colimaçon, poursuivie par Marie-Claire et Same. Je me sentais un peu inapte avec ma main de Wolverine – je porte une attelle à l’annulaire depuis hier, signe que je ne suis pas très douée pour le travail manuel –, c’est surtout Same qui a travaillé fort pour l’attraper, avec sa patience et sa douceur, accroupie près d’elle avec des croquettes et une canne de mou. La chatte avait faim, mais elle semblait souffrir quand elle mangeait. Et son odeur… Ouf. Comment décrire? Un cocktail de pisse, de jus de glandes anales, de pus et de diarrhée. Pardon pour les détails.

On a vraiment failli l’échapper, mais Same et Marie-Claire ont été rapides. J’avais peur qu’elles se fassent mordre, je nous voyais déjà en train de courir à l’urgence pour un vaccin contre la rage, et ça me rassurait pas pantoute. En route vers la clinique, Same et moi tentions d’évaluer ses chances de s’en sortir, et on se demandait jusqu’où on peut aller pour soigner un chat qui n’accepte même pas qu’on le touche. Ah pis on a ouvert les fenêtres au maximum, parce que je te jure, c’était dur de respirer. Ça sentait l’infection.

Pour ouvrir le dossier, il fallait lui donner un nom. J’ai proposé Mitsou. C’est quioute. Et cette chatte était sûrement très quioute avant de se retrouver dans cet état lamentable. Poil long, tabby gris. Yeux verts. Mais le regard apeuré. Et le pelage si sale et parsemé de dreads.

Finalement, Mitsou était un mâle. Le Dr Marku croit qu’il était vieux, et ce serait pas étonnant qu’il ait passé sa vie dehors. Quelques dents cassées. D’énormes polypes dans les oreilles. Et possiblement dans sa gorge, à entendre son râle à chaque inspiration. Probablement porteur du FIV ou du FeLV. J’ai fait confiance au jugement de mon vétérinaire, on n’allait pas s’acharner sur Mitsou. Le sédatif a vite fait effet, ensuite de quoi Mitsou semblait ronfler les yeux ouverts.

Sur le coup, j’étais convaincue qu’on avait fait ce qu’il fallait faire. Le laisser agoniser dans une ruelle me paraissait insupportable. Mais je ne peux m’empêcher de douter. Est-ce qu’on a bien fait d’intervenir? Sa mort était inévitable, et l’euthanasie se présentait alors comme une délivrance, mais la capture et la visite à la clinique ont dû être très stressantes pour lui. Est-ce qu’on aurait dû, à défaut de pouvoir le sauver, lui laisser le droit de mourir en paix?

Je suis désolée, Mitsou. J’espère que tu as au moins vécu quelques bons moments durant ta vie intense de matou d’Hochelag.

Je n'ai pas osé photographier Mitsou, mais il ressemblait à ce chat.

Je n’ai pas osé photographier Mitsou, mais il ressemblait à ce chat.