Un bon exemple de soif de vivre : Tui raconté aux enfants

L’une des belles histoires vraies

Je me suis vraiment demandé si Tui aimait encore la vie quand il est arrivé au Manoir Po. J’en ai beaucoup parlé avec les vétérinaires et avec le comité d’éthique. J’ai même pensé que l’euthanasie serait peut-être la meilleure option pour lui.

Après quelques jours, il est sorti de sa coquille. On est devenus amis. Puis, sa boiterie s’est atténuée, son pelage est devenu plus beau. Et il mangeait toujours avec appétit.

Sauf dans les derniers jours. Il est devenu un peu constipé, il avait moins faim, et sa démarche semblait aussi raide qu’à son arrivée. Son rendez-vous à DMV arrivait juste à point.

C’est Émilie qui a eu la bonne idée de proposer de consulter en médecine interne, afin d’offrir toutes les chances à Tui d’avoir la meilleure qualité de vie possible. C’est donc hier qu’on a rencontré le Dr Javard, à DMV, pour le faire le point sur l’état de santé de Tui.

C’est pas un cas simple. D’abord, il est vieux (17 ans!), aveugle, et il a le FIV. Il fait de l’arthrose, chose très répandue chez les chats vieillissants, mais qu’on ne devrait jamais négliger, parce que la douleur chronique affecte la qualité de vie de n’importe qui. Il a un problème cardiaque, mais on ne sait pas lequel exactement. Idéalement, on ferait une échographie cardiaque bientôt. Ça coûte quand même 550 $, et j’envisage sérieusement la payer de ma poche puisque Tui n’est pas sous la responsabilité financière de la Fondation Po. Il a des entropions (un renversement de la paupière vers l’intérieur), et ça ne semble pas être une bonne idée de l’opérer pour ça. Par contre, j’hydrate ses yeux avec des gouttes, et on ira peut-être voir un ophtalmologiste. À suivre.

Pour contrôler les douleurs arthrosiques de Tui, on lui donne maintenant de la buprénorphine, et du Cartrophen, un nutraceutique, sous forme d’injection sous-cutanée. Il a eu sa première injection hier, et je lui en donnerai une par semaine durant quatre semaines. Ensuite, il aura une injection par mois s’il répond bien au traitement. On se croise les doigts! On cesse donc le Metacam, qui n’est pas souhaitable à long terme, surtout pour un chat qui a un début de maladie rénale, mais on pourra lui en donner au besoin, s’il a de mauvais jours. Et on ajoute de l’oméga-3 à sa nourriture (l’odeur de poisson a l’air de lui convenir…).

Il continue de prendre de l’aténolol (pour le cœur) et de l’amlodipine (hypertension). Et puisque l’appétit de Tui avait diminué dans les derniers jours, le vétérinaire lui a prescrit de l’oméprazole, pour réduire la sécrétion d’acide gastrique. L’hyperacidité gastrique est l’un des symptômes de la maladie rénale, et ça peut donc entrainer des nausées et une baisse d’appétit. La cerise sur le sundae du traitement (ça se dit-tu?), c’est la mirtazapine. C’est un antidépresseur tricyclique, mais on le prescrit souvent aux chats en tant que stimulant d’appétit (en médecine humaine, on s’en sert aussi dans le traitement de l’anorexie). On lui donne une dose aux deux jours, puis au besoin.

C’est beaucoup, hein? Mais ça marche! Parce que Tui mange comme un cochon, et il a passé la soirée d’hier à charmer mes amis en ronronnant fort et en se frottant la face sur eux. Et je tiens à préciser que ces traitements ne sont pas invasifs. Le seul désagréments qu’ils font subir à Tui, c’est quand je lui shoote 0,12 cc de buprénorphine sur les gencives, et ça dure approximativement trois secondes par jour. Il avale ses comprimés dans son mou.

La question de l’acharnement thérapeutique se pose toujours dans un cas complexe, surtout s’il s’agit d’un vieux chat. Tui ne pourra pas rajeunir et guérir. Par contre, on peut traiter les symptômes pour qu’il ait une bonne qualité de vie. Pour le moment, Tui semble aimer vivre. Il mange à grandes bouchées, il recherche la compagnie des humains, il explore son environnement avec son nez et ses moustaches. Et bien qu’il ait des lits par terre, il aime bien grimper sur le divan ou le fauteuil. Il va dans le bac à litière, il fait sa toilette, et il réagit aux caresses en ronronnant fort et en léchant mes mains et mes bras et en mordillant le zipper de ma veste. Je l’aime, Tui. Et le jour où je sentirai qu’il n’aime plus sa vie, que c’est trop pénible de vivre, je lui offrirai l’euthanasie. Et je vais l’accompagner jusqu’à son dernier souffle de Tui Zombie.

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