Ma grosse vache

tl;dr : j’ai adopté une vache et je cherche une petite écurie ou fermette à louer. Voir détails au dernier paragraphe.

EDIT : on a trouvé! Ne reste qu’à lancer la campagne de sociofinancement pour trouver notre sanctuaire!

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Elle, c’est Lulubelle, c’est ma vache. Mais c’est surtout la vache de la vache de mon amie Karine, Maggie la vache sauveuse de vies.

J’en parle depuis des années, depuis plus longtemps encore que je dis « ouin, faudrait bin que je m’abonne au gym, han », et là c’est fait : non seulement je me suis abonnée au gym, mais j’ai adopté ma vache. Tout ça dans la même semaine, oui madame. Mais c’est pas de ma mise en forme que je veux te parler.

Ma vache est grosse, que dis-je, géante, c’est la plus belle du monde, pis elle bave comme un déluge biblique dès qu’on sort les bonbons pour vaches. La première fois qu’on s’est rencontrées et qu’on a sorti les bonbons, elle bavait sur la porte de son box, ça faisait des escaliers de bave. Non. C’était plus : l’ascenseur dans The Shining, en bave. Elle sent bon. Son souffle sent le foin sucré. Pareil comme dans mes souvenirs d’enfance, quand je flattais les bœufs du voisin.

On se connaît pas encore beaucoup. Il faut qu’on s’apprivoise. À ses yeux, je suis peut-être douteuse. Après tout, c’est pas tous les humains qui sont gentils avec les vaches. Et dans mon regard de fille de 102 livres, cette vache est géante, intimidante, épeurante, tellement belle. Elle pourrait me tuer si elle le voulait. Je l’aimais déjà avant de la rencontrer.

Ça fait des années que je dis que je veux adopter une vache, parce que leur sort est inacceptable. Je le sais, que je peux pas sauver tout le monde, mais je voulais en sauver au moins une, pour qu’elle puisse connaître une douce retraite. Au moins une. Ça fait des années que je dis que je veux adopter une vache, mais mon amour des bovins ne date pas d’hier. Ma première amie était une génisse.

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Cette petite vache a reçu beaucoup de confidences.

Je crois pas qu’elle ait déjà eu un nom. Et bien que ce laminé est cloué au mur depuis ma tendre enfance, ça m’a pris du temps avant de comprendre que la génisse était morte depuis un ossetie de boutte. Qu’elle n’avait probablement pas atteint l’âge adulte avant de se faire trancher la gorge. Je pourrai jamais savoir beaucoup de choses sur elle, mais elle, elle a tout connu de ma vie de fillette d’un an et demi. Je passais des heures devant cette clôture à lui parler de ma vie, je lui racontais tous les détails plates que personne a la patience d’entendre — ça peut être plate longtemps, la vie d’un bambin. Mon amie génisse restait là, ses oreilles en feuilles de tabac dressées vers moi.

Si j’avais été plus sage, j’aurais attendu avant d’adopter une vache. J’aurais attendu de trouver une place pour elle. J’aurais attendu d’avoir beaucoup d’argent pour être certaine de ne jamais en manquer pour sa nourriture, sa litière et ses soins. Être sage, quand on est une adulte responsable, c’est payer ses soins dentaires avant d’adopter une grosse vache. Mais les décisions que je prends peuvent pas toujours être entièrement rationnelles. Surtout pas quand il est question d’une vie précieuse.

Si j’avais été sage, j’aurais laissé Karine transférer Maggie dans une autre pension sans que son amie Lulubelle ne puisse la suivre, parce que Karine peut pas assumer les frais encourus par deux vaches, et on se serait dit « ouin, c’est plate que les amies vaches soient séparées, mais on peut pas toutes les sauver, hein? », et Maggie aurait pleuré, mais elle aurait eu Karine pour la consoler, tandis que Lulubelle serait restée seule dans son box, sans son amie, sans personne pour la brosser, la gratter et lui dire qu’elle est la plus belle de toutes les grosses vaches. Lulubelle a passé la majeure partie de sa vie seule de son espèce, sur la ferme d’un dude qui prenait même pas la peine de laisser de la nourriture et de l’eau à ses animaux quand il partait en vacances. Elle a côtoyé des chevaux, des chèvres et des oies. Elle pratique activement le vivre-ensemble. Bonne vache. Mais quand Maggie est arrivée dans sa vie, ça a tout changé. Elle avait enfin une amie à qui lécher le toupet. Quelqu’un qui la rassurait. Qui rendait sa vie plus intéressante. Une vie qui vaut la peine d’être vécue, tu comprends?

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Le toupet au vent pour sécher la bave de Lulubelle.

Karine m’a tout raconté ça. Et quand j’ai rencontré les filles, j’ai bien vu qu’elles s’aimaient, que j’avais en face de moi un couple d’amies ou d’amoureuses (who knows?), deux personnes à qui j’aurais pas le courage de dire « on va vous séparer pour la vie, que ça vous plaise ou non, anyway vous êtes juste des vaches, vous n’avez aucun pouvoir décisionnel ». Karine avait aussi remarqué que Lulubelle était très attachée à sa vache, et qu’elle supportait moins bien la solitude. Maggie aussi est attachée à Lulubelle, mais elle est un peu plus indépendante. Karine m’a montré la vidéo de Lulubelle qui pleure dans son box parce qu’elle ne trouve plus Maggie, qui était à ce moment-là dehors, à seulement quelques pas, mais hors de sa vue. Je veux même pas imaginer comment elle aurait pleuré ses veaux si elle avait connu la filière laitière.

La Fondation Po fait équipe avec Karine pour mettre sur pied un sanctuaire pour animaux de ferme. On a un très beau projet à te détailler bientôt. Notre sanctuaire sera le lieu de vie de ses résidentes et résidents non humains, et un lieu de passage pour les humaines et humains avides de faire de vraies rencontres mutuellement enrichissantes. Lulubelle et Maggie en seront les ambassadrices. Elles pourront continuer de brouter et ruminer côte à côte, se donner plus de bisous, et Lulubelle pourra lécher le toupet à Maggie comme s’il n’y avait pas de lendemain. Tu vas voir, sont belles en querisse, nos vaches qui s’aiment. Penses-tu que, sachant tout ça, j’avais envie d’être entièrement raisonnable? Penses-tu que je regrette ma décision immature?

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Mais avant même de trouver ce domaine de rêve pour bâtir notre sanctuaire, il faut qu’on trouve un lieu de vie temporaire.

Peut-être que tu peux nous aider à trouver ce lieu de vie pour nos vaches. On cherche une habitation à louer où Karine pourra vivre pour prendre soin des vaches (petite maison, chalet, appartement, roulotte), idéalement à pas plus d’une heure de Montréal, avec une écurie de deux à six box. fondationpo@gmail.com

EDIT : les filles viennent d’emménager sur une superbe propriété. Elles sont très zen et se bourrent la face d’herbe fraîche. Une gros merci pour votre aide, on vous donne d’autres détails très bientôt!

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